Approche artistique
Quand l’art interroge le réel
Comment capter des instants tout en les transformant en art? Quel rôle l’artiste joue-t-il dans l’interprétation du changement environnemental? L’esthétique peut-elle coexister avec la réflexion écologique?
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Philosophie
Ma pratique repose sur une conviction : la réalité que nous percevons n'est qu'une surface. Sous les paysages familiers, sous les textures de la terre et les mouvements de l'eau, opèrent des forces invisibles que la physique décrit mais que l'oeil ne capte pas.
Le rôle de l'artiste est de rendre visible cette couche cachée. Non pas en l'illustrant, mais en créant des images qui provoquent chez le spectateur une perception altérée du réel. Quand une photographie panoramique déconstruit un paysage en fragments baroques, elle ne déforme pas la réalité : elle révèle une vérité que la vision frontale refoule.
La physique universelle et ses lois sont ma passion première. Chaque oeuvre est une tentative de traduire visuellement ce que la science exprime en équations : la précarité de l'instant dans le continuum du temps, l'énergie contenue dans la matière apparemment immobile, la transformation perpétuelle de toute chose.


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Thématiques
La transformation du territoire. Le fleuve Saint-Laurent, les rives du Lac Saint-Pierre, les sols de Nicolet : mes sujets de prédilection sont des paysages en mutation. L'érosion, la sédimentation, le gel et le dégel sculptent le territoire bien plus sûrement que la main humaine. Je documente ces processus non pas comme un scientifique, mais comme un témoin qui cherche à en extraire la beauté troublante.
La dualité entre image et réalité. Le paradoxe photographique est au coeur de mon travail : l'appareil enregistre le réel, mais l'image produite n'est déjà plus la réalité. En introduisant des mouvements aléatoires dans la prise de vue, je creuse cet écart. L'image résultante n'est ni un document ni une fiction : elle est une troisième voie, un espace entre deux vérités.
La précarité de l'instant. Chaque photographie capture un moment qui n'existera plus jamais. Mais cette fragilité n'est pas mélancolique : elle est ce qui donne à l'image sa puissance. Le temps contenu dans un paysage gelé à -30, la lumière de 16h47 un mardi de novembre, le mouvement exact d'une branche dans le vent : ces instants irréductibles sont la matière première de mon travail.
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Processus créatif
Le terrain.Tout commence par l'immersion dans le paysage. Je passe des heures sur les berges du Saint-Laurent, dans les champs de la Mauricie, le long des sentiers forestiers. L'observation patiente précède toujours la prise de vue. Il faut laisser le lieu vous enseigner ses rythmes avant de tenter de les capturer.
La photographie panoramique. Ma technique signature : des longs plans-séquences avec mouvements aléatoires et non stabilisés de la caméra. Ce geste volontairement instable déconstruit le cadre photographique traditionnel et crée un espace fragmentaire où les arbres et l'eau génèrent des points de fuite multiples. Le résultat oscille entre le romantisme et le surréalisme, entre la précision documentaire et l'abstraction picturale.
L'assemblage.Les images ne restent pas isolées. Je les organise en diptyques et triptyques horizontaux, créant des compositions étendues qui fonctionnent comme des paysages déployés. Cette mise en relation de fragments transforme des photographies individuelles en installations murales qui interrogent la continuité du regard.
Le dialogue entre médiums. La peinture prolonge ce que la photographie initie. Les textures minérales, les forces naturelles et les couleurs vibrantes que je capte sur le terrain deviennent matière sur la toile. La céramique ajoute une dimension tactile : sculptures et reliefs explorent par le volume ce que la surface de l'image ne peut qu'évoquer.

